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d'après un texte de Paul Waelkens (iaï-do)
Le
principal vassal d'Hideyoshi, Tokugawa leyasu, tentera de
s'imposer. Il devra d'abord triompher des daimyo rebelles
à la bataille de Sekigahara (1600). Ceux qui s'étaient ralliés
à ses cotés porteront le nom de fudai daimyo; les autres,
qui feront allégeance près ce conflit, seront nommés tozama
daimyo. Après avoir pris le titre de shogun, leyasu transféra
la capitale à Edo (Tokyo), ville qui donnera son nom à la
période de pouvoir absolu des Tokugawa qui durera plus de
deux siècles et demi (1603-1868).
Afin de s'assurer le contrôle de la puissance que représentait
alors la caste des bushi,
les Tokugawa décrétèrent une série de règles et de lois strictes
et, s'inspirant des théories sociales confucianistes, une
hiérarchie rigide fut établie. Composée de quatre niveaux
hermétiquement cloisonnés, les marchands occupaient le bas
de l'échelle sociale (les eta ou inin "non-homme" acteurs,
bouchers, tanneurs...étant hors caste), puis venait les paysans,
les artisans, et enfin au sommet de cette pyramide, la classe
des guerriers, les bushi, appelés samouraï en Occident. Les
bushi, qui constituaient près de 7% de la population que comptait
alors le Japon, formaient une classe privilégiée, parfaitement
structurée et totalement isolée du reste de la nation. Des
édits très précis fixaient leurs relations et leur mode de
conduite en toutes circonstances, définissant même les contraintes
vestimentaires auxquelles ils devaient se plier. Le sabre
(katana), symbole de la fonction et du statut de samouraï
était traité avec une attention particulière. Le bushi, et
lui seul, avait le droit et le devoir de porter le katana
et le wakizashi, passés à travers la ceinture (obi), le tranchant
vers le haut. Cette ensemble portait le nom de daisho (le
long et le court). Les fourreaux décorés étaient réservés
au bushi d'un certain rang, les saya noires et laquées étant
les plus courantes. Les deux sabres étaient portés en permanence
et, même dans sa demeure, le samouraï ne s'en éloignait jamais.
En visite chez un ami ou un supérieur hiérarchique, il était
contraire à l'étiquette de garder sur soi le katana. Remis
dès l'entrée à un serviteur, celui-ci en prenait le plus grand
soin. Le visiteur conservait toujours à sa ceinture le wakizashi.
L'hôte, de son coté, gardait à portée de main, tsuka vers
l'avant, posés sur un râtelier, les sabres familiaux, objets
de vénération ancestrale mais aussi armes défensives redoutables.
Les compliments d'usage sur la beauté et la qualité de ces
armes étaient les bienvenus. Si l'hôte proposait de faire
admirer la qualité de ses lames, des règles précises régissaient
la manipulation des sabres. La lame, dégagée très lentement,
n'était jamais sortie complètement de la saya tenue de la
main droite, cette saisie n'autorisant pas une attaque inopinée.
En aucun cas on ne touchait la lame avec les doigts, un papier
doux était utilisé. Puis la lame était rengainée avec lenteur
et respect. Parmi les règles prescrites aux samouraï, le Buke
Sho-Atto (Règles des familles guerrières) rédigé par le moine
zen Suden, à la demande d'Ieyasu en 1615, avec ses trente
clauses spécifiant les attitudes et les règles à observer
par les bushi, peut être considéré comme le premier traité
écrit sur le Bushido qui jusqu'à cette date était un code
transmis oralement. Ces règles seront reprises par Jocho Yamamoto
en 1716 dans son Hagakuré, puis par Izano Nitobe en 1899 dans
le recueil publié en 1920, en anglais, sous le nom de Bushido,
the soul of Japan. Malgré leur parfait contrôle du pays, les
Tokugawa se méfiaient des puissants seigneurs de province
(daimyo). Afin d'étouffer les conspirations toujours possibles,
le gouvernement central imposa en 1635, aux chefs de clans
importants, l'obligation de séjourner périodiquement à Edo
où il était plus facile de les surveiller. Lorsqu'ils retournaient
sur leurs terres, leur famille restaient et otage près du
palais shogunal. Ce système de rotation annuel des daimyo
(sankin-kotai), permettait aussi de limiter leur pouvoir financier.
En effet, l'entretien des importantes processions qui se croisaient
sur le Tokaïdo (route de Kyoto à Edo) coûtait fort cher au
Bushi de haut rang dont les équipages rivalisaient d'importance
et de luxe. L'influence étrangère, considérée comme dangereuse,
fut aussi écartée. Après avoir chassé les Espagnols (1624)
puis les Portugais (1638), accusés d'avoir comploté avec des
rebelles chrétiens, les Tokugawa fermèrent le Japon au monde
extérieur en interdisant aux Japonais de quitter le pays ou
d'y revenir s'ils se trouvaient sur le continent. Ces mesures
furent renforcées par l'arrêt de la construction de bateaux
de fort tonnage qui auraient pu permettre une liaison marchande
avec le continent. Le Japon, replié sur lui-même, gardera
alors le même mode de vie pendant plus de deux siècles. L'ordre
social, solidement établi, ne fut pratiquement pas troublé
malgré quelques tentatives de révoltes paysannes qui furent
rapidement écrasées. Le seul facteur qui aurait pu inquiéter
les Tokugawa était la prolifération des samouraï sans maître,
les ronin (hommes de la vague). La structuration du Japon
avait fait disparaître de nombreux clans dont les samouraï,
se retrouvant sans maître et sans pension, n'avaient plus
leur place dans la rigoureuse stratification des Tokugawa,
et devaient vivre en marge de la caste des bushi. D'autres
avaient pu quitter leur seigneur pour diverses raisons dont
la plus importante était la difficulté de supporter leur isolement
hautain. Quelques-uns, malgré leur sévère éducation, n'avaient
pu accepter une remontrance mettant en cause leur honneur.
Ils se retrouvaient alors condamnés à une vie errante, dans
l'impossibilité de s'intégrer à un groupe reconnu, se livraient
au chapardage ou bien devenaient bandits. D'autres ne supportant
pas le déshonneur de la déchéance ou de la mort d'un maître
faisaient justice eux-mêmes puis se suicidaient par seppuku.
Parfois ils louaient leur savoir-faire martial, initiant quelque
non-bushi aux techniques du sabre et du combat. C'étaient
en effet des guerriers redoutables. Rejetés de la société,
ils étaient fréquemment pris à partie ou provoqués par des
samouraï dépendants d'un clan. La période pré-Tokugawa permettait
au bushi d'exprimer sa vitalité et sa maîtrise des techniques
de combat sur les champs de bataille. La longue période de
paix qui suivit le frustrait de ses ardeurs guerrières, qu'il
ne pouvait prouver qu'à travers un entraînement très dur,
à l'occasion d'un combat singulier, ou encore lors du châtiment
d'un membre d'une caste inférieure sur lequel le bushi avait
le droit de mort. Un édit spécifiait que le châtiment immédiat
et suprême devait punir celui qui lui manquait de respect
(kiritsuke gomen). C'était là un moyen peu risquer de tester
sa lame. Cela se révélait moins facile avec un ronin dont
l'habilité à manier le sabre était la seule sauvegarde. Sans
cesse en éveil, il devait être capable de répondre à toute
attaque inopinée, dégainant le katana et portant dans le même
temps une contre-attaque. Les techniques de iaï-jutsu qui
se développaient prirent en compte toutes les situations de
la vie habituelle et le samouraï devait être capable de répondre
à une attaque inopinée lorsqu'il marchait, se restaurait ou
se reposait. Développé et affiné, tendant à la perfection
technique par un entraînement journalier intense, le iaï-jutsu
arriva à un très haut niveau d'efficacité. Certains maîtres
mirent alors l'accent sur le développement mental, spirituel
et esthétique de leur art. Parallèlement les techniques devenaient
plus défensives. L'idée de l'ennemi à abattre se transformait
lentement en un combat contre soi-même ou la concentration,
la tranquillité de l'esprit, le rythme respiratoire et la
pureté du geste devinrent fondamentaux. Moins affecté que
le ken-jutsu par l'arrêt des activité militaires, le iaï-jutsu,
grâce à ses possibilités d'entraînement solitaire, continua
à se pratiquer et à se perfectionner. Imprégné de shinto,
de zen, et de confucianisme, il deviendra au début de la période
Meji la forme la plus pure et la plus dépouillée des arts
martiaux, le iaï-do. L'isolement imposé par les Tokugawa,
le gel des institutions politico-sociales et l'autosuffisance
agricole avait permis de maintenir le pays en paix pendant
deux siècles et demi. Les commerçants enrichis pendant cette
longue période et quelques samouraï ressentaient le besoin
de contact avec l'étranger qui n'était accessible qu'à travers
quelques livres importés d'Europe. Conscients du fossé creusé
par leur isolement, certains érudits étudièrent la langue
des néerlandais (seuls Européens à avoir encore des contacts
avec le Japon) afin d'aborder les techniques occidentales.
Un bureau fut même créé et chargé de la traduction d'ouvrages.
D'autre part, les Occidentaux, dont les navires commerçaient
déjà avec tous les ports d'Asie, désiraient que leurs bâtiments
puissent relâcher dans les eaux nippones. Les Américains décidèrent
de contraindre les Japonais à ouvrir leurs ports au commerce.
L'amiral Perry, commandant d'une escadre de voiliers et de
bateaux à vapeur, déposa une demande en ce sens au Japonais
en 1853.
De retour au Japon un an plus tard, il obtiendra par le traité
de Kanagawa l'ouverture des ports de Hakodate et de Shimoda,
où le premier consul américain Townsed Harris s'installera
deux ans après. Les Japonais qui avaient vu les "vaisseaux
noirs" de l'amiral Perry avaient été vivement impressionnés
par leur puissance. Il en était tout autrement des bushi des
fiefs de Satsuna et de Choshu dont les canons ouvrirent le
feu sur des navires européens. En représailles, Kagoshima,
la capitale de Satsuna, sera détruite par une escadre anglaise
en 1863. L'année suivante, Shimoseki, appartenant au clan
Choshu, subira le même sort.
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